Suivi avec la DEM en unschooling



Si vous faites du unschooling au Québec ou si cette philosophie de vie vous intéresse, vous vous êtes sûrement demandé comment c'était possible de concilier liberté d'apprentissage et respect des exigences du règlement sur l'école maison! Ce règlement en vigueur depuis 2019, exige maintenant que l'on enseigne le programme du ministère de l'éducation dans cinq matières (français, anglais, mathématique, science et univers social) «de façon à permettre une progression des apprentissages équivalente à celle applicable par cycle à l’école.» En gros, ça veut dire qu'on doit prévoir «enseigner» (retenez bien ce mot) la même chose que ce qui est enseigné à l'école dans le niveau scolaire où serait classé notre enfant s'il fréquentait l'école. Puisque le programme est conçu sur des cycles de deux ans (au primaire), c'est à peu près la seule flexibilité qu'on a (enseigner des trucs de 3e année en 4e année et vice-versa, exemple). Comment on fait si on vit les apprentissages de type unschooling à la maison? Après tout, le principe de base du unschooling, c'est de permettre à l'enfant de choisir ce qu'il veut apprendre quand il en a envie, non? Avez-vous remarqué que les «vieilles familles» d'unschoolers affirment qu'ils ne changeront rien à leur quotidien malgré le règlement? Vous croyez peut-être que c'est parce-qu'ils ont tous des enfants «avancés» académiquement ou qu'ils ont de la facilité naturelle avec la paperasse? Que Nenni! C'est parce-qu'à la longue, les parents d'unschoolers voient (sans même la chercher) la richesse des apprentissages de leurs enfants ET que «l'enseignement» se fait sans forcer, sans imposer, sans même y penser. Si vous n'êtes pas rendu à ce feeling là, que le règlement vous inquiète et que vous ne voyez pas comment concilier unschooling et les contraintes de la loi, TENEZ-BON! Ça deviendra plus facile à la longue. L'exercice de traduction des apprentissages de vos enfants pourrait même vous aider à vous déscolariser plus rapidement (oui-oui! pour de vrai de vrai!)! Maintenant, concrètement, comment faire cette année, là-là, pour passer au travers du suivi avec la DEM? La première chose à faire selon moi, c'est de se voir comme une professionnelle de l'éducation de vos enfants. Voyez ça comme un travail, pour lequel vous seriez la candidate LA PLUS compétente au monde (et la moins bien payée...Mais ça, c'est une autre histoire). Et c'est le cas; personne n'est mieux placé que vous pour connaître les besoins de vos enfants! Gardez-ça en tête lorsque vous échangez avec votre agent de suivi de la DEM! Deuxièmement, la personne qui vous est attitrée à la DEM, est également une professionnelle de l'enseignement. Vous devriez traiter cette personne de manière respectueuse et professionnelle! Ne lui mettez pas sur le dos les frasques du ministre-dont-je-ne-prononce-pas-le-nom! Vous avez déjà vu le «même» sur les réseaux sociaux qui montre un personnage dans un escalier en feu avec une affiche au mur qui dit «en cas d'incendie, évacuez l'immeuble AVANT d'en parler sur Twitter»? Si les demandes de votre agente de suivi vous semblent injustes ou exagérées, parlez-en avec elle en premier, négociez, faites valoir votre point! Ça ne vous avancera à rien d'en parler sur les groupes d'école-maison à ce stade, à part entretenir le négatif sans faire avancer votre cause! Comme on aimerait que nos enfants essaient au moins de régler leurs mésententes et conflits avant de venir nous demander de l'aide! Et entre adultes, on devrait y arriver la plupart du temps... N'ayez pas peur des employés de la DEM...Ils sont humains! Ils ne veulent que faire leur travail! Et en mettant votre énergie dans des démarches concrètes et pertinentes, vous y passerez moins de temps! Troisièmement, assurez-vous de savoir en détails où se situe votre enfant par rapport au PFEQ (programme de formation de l'école québécoise)! C'est beaucoup plus important que vous sachiez ce qu'il en est exactement que le fait d'avoir un enfant qui est «à niveau». Car rappelez-vous qu'à l'école, rare sont les enfants qui performent dans toutes les matières! On a une obligation de MOYENS et non de RÉSULTATS (comme à l'école). C'est ici que ça va devenir intéressant! Quand vous discutez avec votre agent de la DEM, ne parlez pas des acquis de votre enfant, mais de ce que vous offrez comme matériel, activités, expériences, opportunités! Prenons l'exemple d'une enfant de 9 ans qui commence à peine à lire et deux façons de présenter ça à la DEM. Exemple 1 = Ma fille lit difficilement...On a jamais vraiment fait de cahiers ou de méthodes de lecture avant et ça ne l'intéresse pas vraiment, même si on lui en a offert un! Elle a le niveau d'une élève de 1ère année... Exemple 2 = Ma fille peut lire des petites phrases de quelques mots alors qu'elle ne lisait rien du tout en début d'année! Je lui fais la lecture chaque soir et elle reconnaît de plus en plus de mots! On va à la bibliothèque chaque semaine et elle choisit elle-même quelques livres (les aventures avec des zombies sont ses préférés)! On joue plus souvent en famille avec des jeux qui comportent des lettres (scrabble, boggle, etc.) afin de stimuler son intérêt pour la lecture et je lui ai installé plusieurs nouveaux jeux sur sa tablette qui stimulent l'apprentissage de la lecture! Dans la voiture je lui prête mon cellulaire et elle essaie d'écrire des messages à son père via Messenger; celui-ci lui lit ce qu'elle lui a écrit et parfois c'est très drôle! C'est important pour nous que les apprentissages se fassent dans le plaisir pour préserver sa motivation et sa soif d'apprendre! Même enfant, même niveau de lecture, deux portraits différents! La différence? Dans le premier exemple le parent pense en termes scolaires...Il émet un jugement sur le niveau de son enfant en comparant ses capacités avec ce qui est attendu des enfants à l'école et met en avant ce qu'ils n'ont pas fait! Il paraît un peu dépassé par la situation et ne semble pas avoir d'initiatives. Dans le deuxième exemple, le parent met en avant la richesse de l'environnement de l'enfant et les efforts qu'il déploie pour offrir des activités variées et stimulantes. Il semble en plein contrôle de la situation et sait où il s'en va! Même si l'enfant et le parent des deux exemples sont exactement les mêmes, la perception sera totalement différente! Mettez en avant l'environnement de l'enfant, les opportunités qui lui sont offertes, les activités familiales, les jeux et le matériel disponible! Pour ce qui est des compétences de votre enfant les moins «à niveau» (selon le PFEQ), décortiquez-la en plusieurs éléments si possible, et voyez si certains aspects de la compétence sont plus développés que d'autres (il y a de grandes chances que ce soit le cas). Prenons la compétence écrire des textes variés et disons que votre enfant n'écrit pas encore couramment (un peu peut-être dans ses jeux en communicant avec d'autres joueurs). Selon le PFEQ, cette compétence se divise en plusieurs aspects, tels que la communication (informer, décrire, raconter, convaincre, inciter, etc.), le développement de la pensée (idées, arguments, organisation, recherche d'informations, etc.), l'utilisation de son bagage de connaissances (grammaire, ponctuation, etc.) et de son vécu (expériences personnelles), le développement de sa créativité, etc. Il est donc possible que certains aspects se développent autrement qu'en écrivant sur une feuille avec un crayon! Raconter un film qu'il a vu ou un incident cocasse qu'il a vécu à son parent ou à un ami développe l'organisation de la pensée et fait appel à l'intention de communication en lien avec le destinataire; jouer à inventer des histoires ou des scénarios dans ses jeux développe sa créativité; la grammaire peut être travaillée oralement, quand le parent corrige l'orthographe d'un mot lorsque l'enfant fait une recherche sur Google, ou que l'enfant demande comment écrire quelque chose de spécifique qu'il souhaite communiquer à un joueur dans un jeu! Chacune des compétences du PFEQ est composée de plusieurs éléments; mettez en avant les aspects de la compétence que votre enfant développe dans ses activités spontanées et libres! Il vous sera alors plus facile de combler les manques par des offres ciblées (matériel, jeux, applications, etc.)! L'acte d'écrire est décrit dans le PFEQ comme suit «Par ailleurs, pour acquérir une certaine aisance, chaque scripteur doit personnaliser sa façon d’écrire, que ce soit dans le choix de ses sources d’inspiration, l’organisation de son texte ou les modalités de révision et de correction. En raison de la diversité des styles d’apprentissage, certaines stratégies peuvent lui convenir mieux que d’autres et il importe alors de les privilégier. Seule la souplesse de la démarche permet d’en accroître l’efficacité.» Je sais que pour mes enfants, écrire des textes sur demande, sans contexte et sans besoin personnel réel n'est pas une stratégie gagnante (vous me suivez?)! Mettez en avant la richesse des apprentissages de votre enfant, en regardant au-delà des contextes et processus d'apprentissages traditionnels! C'est le secret du unschooling; des apprentissages constants et abondants mais invisibles aux yeux des personnes scolarisées! Je vous parlerai bientôt de comment gérer le secondaire et le suivi de la DEM! N'hésitez pas à poser des questions spécifiques dans les commentaires! Si vous n'êtes pas à l'aise de le faire publiquement, écrivez-moi en privé et j'essaierai de répondre à vos questions (de façon anonyme) dans des publications sur Facebook ou articles!

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